L'HISTOIRE DU VILLAGE

L'histoire récente (19ème et 20ème siècle) à travers ses bâtiments

La découverte du village

Chaque article sera l’occasion d’évoquer un point d’histoire du village. Dans un premier temps, nous allons nous intéresser à l’habitat. Mais, il nous faut d’abord parler des critères qui permettent de caractériser l’habitat en milieu rural en Charente.

Le premier est la date d’édification du bâtiment. Sa détermination à partir de documents écrits est rarement possible car le permis de construire est une invention récente. Mais, on sait que la plupart des maisons existantes aujourd’hui à Theil a été construite au 19ème siècle qui est l’âge d’or du monde rural tant sur le plan démographique (527 habitants à Theil en 1841 en majorité agriculteurs) qu’économique (Theil a compté jusqu’à 3 épiceries, 2 cafés, plusieurs boulangers, 2 maréchaux ferrants, …). Seules quelques maisons appartenant autrefois à des privilégiés, comme le seigneur du village, sont plus anciennes. En effet, avant la révolution française, les cultivateurs n’étaient  pas propriétaires de leurs terres, étaient de ce fait très pauvres et habitaient dans des masures comportant une seule pièce et construites avec des matériaux tirés des champs et des bois, guère différentes de celles qu’ils occupaient au moyen-âge. Mais, au 19ème siècle et 20ème siècle, la paysannerie s’est enrichie progressivement avec la redistribution des terres, conséquence de la révolution de 1789, puis avec le développement de la culture des vignes plus rémunératrice et enfin la révolution industrielle qui a permis à ceux qui disposaient de trop peu de terres pour en vivre décemment, à augmenter leurs revenus en ayant un autre emploi dans l’industrie locale. Cet accroissement de la richesse a permis d’accéder à des matériaux plus nobles, comme la pierre de taille, la brique ou la tuile de terre cuite,  pour construire ou reconstruire une maison plus vaste qu’auparavant. Le type de la maison donne par conséquent une bonne indication sur l’époque de sa construction mais il convient de relativiser cette indication car les maisons ont souvent subi de nombreux remaniements au gré de l’évolution de la richesse et de la famille de l’habitant.

L’autre critère important est l’appartenance sociale de son constructeur. Un constructeur aisé pouvait utiliser des matériaux nobles, multiplier les pièces et les étages pour, par exemple réserver le rez-de-chaussée plus humide aux communs (cuisine, étables, …), habiter le 1er étage mieux isolé du froid et de l’humidité et disposer d’un grenier, construire des escaliers en pierre de taille plus onéreux, etc… Mais, malheureusement, il est difficile de savoir qui a construit la maison et on ne peut pas se fier à l’appartenance sociale des derniers habitants car, avec la fin de l’âge d’or du rural, les couches sociales aisées qui ont construit les maisons, les ont peu à peu vendues.

Nous disposons aussi d’un repère fort intéressant : le cadastre dit « Napoléonien » qui, dans le cas de Theil, date de 1829, donne l’emplacement des constructions existantes à cette époque et que nous examinerons dans le prochain bulletin.

Nous poursuivrons ensuite ce travail en nous penchant sur des habitations dont l’originalité devrait nous faciliter la tâche : la maison « à balet » et le logis seigneurial.

 

Le logis seigneurial
Le logis seigneurial

Le village en 1830

Dans le bulletin précédent, nous avons vu qu’avec l’enrichissement progressif de la paysannerie après la révolution de 1789 et au cours du 19ème siècle, l’habitat a beaucoup évolué et que peu de maison avaient subsisté d’avant cette époque. Dans ce n°, nous allons voir qu’il est possible de le vérifier grâce au cadastre initié par l’Empereur Napoléon 1er et qui, à Theil, a été réalisé en 1829. Nous comparons ici un extrait du centre du village avec une carte actuelle.

Ce qui surprend le plus au premier abord c’est qu’il y a beaucoup plus de constructions aujourd’hui qu’en 1829 alors qu’on vu précédemment que la population était trois fois plus importante à cette époque (527 habitants en 1841). Les familles étaient nombreuses et le confort très sommaire. Ensuite, on constate que les chemins n’ont pas beaucoup changé, ce qui est pratique pour se repérer, mais que la départementale n’existait pas comme, du reste, la route de Villefagnan à Chef-Boutonne (non présente sur cette carte). Enfin, on identifie facilement 5 constructions qui semblent subsister aujourd’hui : l’église (1) bien sûr, le logis seigneurial (2), la maison à balet (3), la maison de Mme Gérolini (4) et la maison située face au cimetière (5), ce qui est plus étonnant.

Chacun peut s’amuser à faire l’exercice car le cadastre du 1830 est en accès libre sur le site des archives du département de la Charente (http://www.archives16.fr).

Le cadastre de 1830 et celui d'aujourd'hui
Le cadastre de 1830 et celui d'aujourd'hui

La maison à balet

Aujourd’hui, nous nous intéressons à une maison dont tout le monde a dû remarquer le curieux balcon  dont elle est dotée. http://villefagnan.wifeo.com/images/t/the/theil_quartier.jpg

Il s’agit d’une maison dite «à balet», construction relativement courante dans les deux Charentes. En patois, le baletra est l’escalier extérieur de pierre, abrité d’un auvent, qui conduit à l’étage ou au grenier. Ici l’escalier est à l’arrière du « balcon » sur le côté sud de la maison et conduisait aux pièces d’habitation situées à l’étage qui, de ce fait, était à l’abri de l’humidité et profitaient de la chaleur des bêtes. Le rez-de-chaussée abritait autrefois les communs (cuisine) et les bêtes. Le balet avait une autre fonction importante: il permettait de voir et surtout de se faire voir tout en étant abrité des intempéries. Comme beaucoup de ces maisons, elle comportait également un grenier accessible de l’extérieur et qui servait à entreposer le grain.

Comme nous l’avons vu dans le 1er numéro de ce bulletin, la plupart des maisons anciennes de Theil auraient été construites dans la 2ème moitié du 19 ème siècle et au 20 ème siècle. Cependant, beaucoup d’historiens pensent que les maisons à balet sont plus anciennes car elles sont construites sur le modèle de maisons romaines à escalier de pierre extérieur. Ils pensent également qu’étant assez onéreuses car construite en pierre de taille avec un escalier lui aussi en pierre, elles étaient alors l’habitation de notables ruraux, marchands, artisans aisés, éleveurs ou vignerons. Dans notre cas, nous ne savons pas qui l’habitait ni son âge exact mais nous avons vu dans le n°2 de « Sous les tilleuls » que cette maison est mentionnée dans le cadastre de 1829 confirmant ainsi que c’est une des plus anciennes maisons du village, encore présente de nos jours et, malgré un enduit un peu trop généreux, dans un état extérieur proche de celui de la carte postale ancienne.

              http://villefagnan.wifeo.com/images/t/the/theil_maison_ballet.jpg        http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/12/Houlette3.JPG

Enfin, il est intéressant de la comparer avec une autre maison à balet, d’un style plus courant, située à Houlette, car cela permet de constater que celle de Theil est originale sur deux points : son escalier ainsi que l’auvent propre au balcon alors que généralement, par mesure d’économie, ce n’est qu’un prolongement du toit.

 

Sources : « Les maisons à balet » aux éditions « Maisons Paysannes de France ». Merci à Jane Vallée pour le prêt de ce livre et ses précieux conseils.

L'EGLISE classée du 12ème siècle: qui était Sainte Radegonde?

Notre église, qui a été construite au 12ème siècle, s’appelle l’église Sainte Radegonde, une sainte qui a vécu au 6ème siècle à une époque où notre pays n’était plus la Gaulle romaine car l’empire romain avait été envahi par des peuples dits barbares (chez nous essentiellement les Francs) mais pas encore la France même si l’histoire officielle considère que les rois francs sont, sous le nom de Mérovingiens, des rois de France. Radegonde était la belle-fille du roi Clovis, celui du vase de Soisson et de la 1ère conversion d’un roi Franc au catholicisme.  C’est aussi le roi qui a réussi à unifier un pays ressemblant à la France mais débordant largement sur les territoires actuels de la Belgique, de la Hollande et de l’Allemagne. Radegonde était la fille du roi des Thurigiens, Bertrachar, née en 520, enlevée en 531 par les Francs et mariée de force en 538 au roi Clotaire 1er, fils de Clovis. Elle a consacré sa vie à accueillir les pauvres et à soigner les malades. En conflit avec son mari dont, elle réprouve publiquement les mœurs et la violence, elle a osé résister et s’est retirée en 560 environ dans le monastère Ste Croix à Poitiers qu’elle avait auparavant fondé. Elle est morte en 587.

A une époque où les rois avaient de nombreuses épouses (Six épouses officielles pour Clotaire 1er : Ingonde, Arégonde, Gontheuque, Radegonde, Chunène et Vultrade) qu’ils pouvaient répudier, enfermer dans un monastère, voire tuer, en raison d’une incompatibilité d’humeur, parce qu’elles ne lui donnaient pas d’enfant mâle ou afin de pouvoir se remarier, elle est la première à se permettre cette attitude vis-à-vis de son mari, attitude d’autant plus courageuse, qu’elle aurait pu la payer de sa vie dans des souffrances atroces. Une autre reine de la fin du 6ème siècle, Brunehaut, qui a réussi à tenir un rôle politique très important en assurant la régence du roi Sigebert 1er, a fini, condamnée par un de ses neveux devenu à son tour roi, sous la torture puis trainée derrière des chevaux au galop.

Mais, que vaut sa sanctification, à une époque où il suffisait bien souvent, pour devenir saint, que la vox populi le déclare et où la désignation d’un saint était souvent un moyen utilisé par l’église catholique pour assurer sa promotion ? Dans le cas de Radegonde, il existe une biographie qui nous est intégralement parvenue, écrite par Fortunat, un écrivain reconnu par les historiens pour son objectivité et qui atteste de son comportement exemplaire.  Radegonde est donc bien la première femme qui, dans notre société, a défendu la cause des femmes en essayant de leur donner la position qu’elle doivent occuper à l’égal de l’homme. Elle mérite d’autant plus notre estime que les risques qu’elle prenait étaient considérables, sans commune mesure avec ceux que prennent aujourd’hui les mouvements féministes. A Theil-Rabier, nous pouvons être fiers d’avoir une église qui lui rend hommage !

http://villefagnan.wifeo.com/images/e/egl/eglise_theil_1960.jpg

L’égise dans les années 60

L'église Sainte Radegonde dans son état actuel
L'église Sainte Radegonde dans son état actuel

Les commerces à Theil

Le lavoir et la boulangerie Guesdon
Le lavoir et la boulangerie Guesdon

La commune de Theil a compté de nombreux commerces, tous disparus aujourd’hui. C’est ainsi, qu’il y a eu cinq épiceries, dont au moins trois ont été opérationnelles en même temps avant-guerre:

  • L’épicerie d’Artémis Gallard (puis Chaigneau), située dans l’actuelle maison de Guy et Annick Landeau, qui a ensuite été tenue successivement par Victor et Hélène Cochard et enfin par Marie Da Costa et Annick Landau. Elle a été l’ultime commerce présent à Theil avant de fermer au début des années 1980,
  • L’épicerie tenue par Noémie Gerbaud, dont le père était maréchal Ferrand, dans une maison située en face de la maison à balet qui vendait tous ses produits en vrac, y compris le sel, le sucre et l’huile, et faisait office de café.
  • Une épicerie tenue par le père de Louis Baudet jusqu’en 1946 dans sa maison à gauche de la fontaine. Elle faisait aussi office de café,
  • Après la fermeture de celle de Louis Baudet, Fernand Raymond a ouvert une épicerie dans la maison aujourd’hui occupée par Mme Gérolini, ; ce commerce avait la particularité de proposer aussi des séances de cinéma pendant une dizaine d’année.
  • Enfin, une épicerie gérée, pendant quelques temps dans les années 50, par le frère d’Artemis Gallard, José, à l’emplacement de la salle des fêtes.

En revanche, il n’y a eu qu’une boulangerie dans deux endroits différents :

  • D’abord dans une maison située à droite de la fontaine et qui a été démolie depuis (cf. Photo). Le fournil de la boulangerie, tenue par le père Guesdon, était alimenté en farine par un plan incliné depuis l’actuel route départementale. Les enfants appréciaient beaucoup ce dispositif qu’ils utilisaient comme toboggan.
  • Ensuite, M. Guesdon a déménagé sa boulangerie dans la grande maison située à gauche de la maison Landeau. Il a eu, dans les années 60, un éphémère successeur.

Par ailleurs, Theil a compté trois maréchaux ferrants :

  • Le père de l’épicière Noémie Gerbaud, Bruno, en face de la maison à balet,
  • Edouard Bénéteau, dans la maison à balet, qui était plutôt ferronnier d’art et qui est décédé en 1960
  • Armand Morin, dit « Buf rouille » (souffle sur la rouille en patois) dans la maison « Bijou ».

et trois menuisiers:

  • Eugène Surlet qui s’est suicidé après la perte de son épouse et de sa fille,
  • Edouard Chonaski qui lui a succédé et qui avait la passion de la marquèterie,
  • Et Jacky Fort que nous connaissons tous.

 

Les écoles

A Theil, l’école publique a été d’abord été implantée rue Chante-Oiseau dans une maison perpendiculaire à la route qui existe toujours (cf. carte postale ancienne). Elle a ensuite été transférée dans un bâtiment construit spécialement en 1962, situé en haut du village, puis fermée en 1991. Les bâtiments ont été convertis depuis en atelier d’architecte paysager. 

Ce qui est moins connu, c’est qu’avant la création d’une école publique, deux écoles payantes, où enseignaient des religieuses, ont existé : une dans l’actuelle maison de Mme Gérolini à l’est du village et une au rez-de-chaussée de la maison située derrière la fontaine et occupée aujourd’hui par M. Ivor Ogborn.

 

La 1ère école publique à Theil
La 1ère école publique à Theil
Carnet de notes d'octobre et novembre 1947
Carnet de notes d'octobre et novembre 1947

L’école était dit-on plus performante qu’aujourd’hui car elle garantissait l’acquisition des notions et des outils (lire, écrire et compter) nécessaires pour vivre et travailler de manière épanouie dans la société de l’époque. Le certificat d’études primaires était certes moins prestigieux que le baccalauréat mais avait une valeur qu’aujourd’hui le baccalauréat n’a plus : il permettait d’entrer sans difficulté dans la vie active.

Nous avons retrouvé un bulletin de notes de 1947 qui permet de se faire une idée des matières enseignées